La colocation intergénérationnelle : une expérience humaine et économique

La colocation intergénérationnelle (ou multigénérationnelle comme je me plais à l’appeler) séduit de plus en plus d’étudiants et d’individus de divers horizons au fil des années. Selon l’association nationale CoSi (Cohabitation Solidaire Intergénérationnelle) -qui regroupe entre autres plus de 25 associations partout en France-, plus de 4000 cohabitations ont été comptabilisées, dont 3000 en Île-de-France depuis sa création en 2005. Je l’ai expérimenté par 2 fois pendant mes études en communication, et j’en garde des souvenirs mémorables. 4 mois en 2015 avec Mauricette, 93 ans, dans le 20ème arrondissement de Paris. Et 9 mois en 2013 en compagnie de Simone (photo ci-dessus), 103 ans, au centre-ville de Lyon à proximité de la place des Terreaux. Laissez moi vous raconter mon histoire avec Simone, en hommage à sa mémoire.

Si vous ne le savez pas, la colocation intergénérationnelle consiste à réunir une personne âgée et une autre personne plus jeune (généralement un étudiant de moins de 30 ans) sous le même toit avec divers avantages et inconvénients pour les 2 partis. Depuis quelques années, le dispositif se démocratise et gagne en popularité. Alors, pourquoi un tel succès ? Car il s’agit d’une expérience de vie unique tout à fait enrichissante et surtout économique ! Du moins, dans mon cas, c’était la solution adéquate pour résoudre mes « problèmes ». Pour comprendre mon histoire, il faut remonter quelques années en arrière…

« L’avant » colocation intergénérationnelle

Aux alentours de mes 20 printemps, j’ai éprouvé l’envie de quitter le cocon familial. Les raisons étaient multiples, mais je n’ai pas spécialement envie de m’attarder là-dessus. Disons tout simplement qu’il était temps pour l’oisillon que j’étais de quitter le nid afin de déployer mes ailes : celles de l’Indépendance. Mais comment faire ? Il m’était décemment impossible de demander à mes parents de me payer un petit appartement à louer en complément de mes frais de scolarité pour le moins onéreux. De plus, l’action aurait été complètement inutile car mes géniteurs habitent à proximité de Lyon, pas très loin de l’endroit ou j’étudiais. Alors que je réfléchissais au meilleur moyen pour fuir la terreur imposée par mes parents au quotidien, une camarade de ma promotion, Rose, a posté un message tout à fait intéressant sur le groupe Facebook de l’école. J’y ai répondu positivement. Une nouvelle vie s’offrait à moi.

Le message de Rose : point de départ de ma 1ère colocation intergénérationnelle !

Le message de Rose - Collocation intergénérationnelle

Message de Rose  sur groupe Facebook de mon école – © Apostrophe Paris

Cette annonce tombait à pique, car elle semblait véritablement répondre à mes attentes du moment. Un nouvel espoir. « 100m2, pas de loyer à payer, internet »… Les avantages étaient nombreux ! Que demande le peuple ? J’ai donc contacté Rose, qui m’a tout de suite mis en relation avec la famille de ma future colocataire âgée de 103 années. En quelques jours, j’emménageais au centre-ville de Lyon en compagnie de Simone. Quand l’on m’avait dit son âge, j’étais plutôt intrigué. Et un peu effrayé, je l’admets. Quelle fut ma surprise, le premier jour, de me retrouver face à une dame d’une condition tout à fait satisfaisante et aux beaux yeux bleus…  Pour parler franchement -vous m’excuserez les termes fleuris- : elle n’était pas la momie à laquelle je m’attendais.

adrien colocation intergenerationnelle
Moi dans ma chambre (et mon piano!) – @ Apostrophe Paris

Quant à l’appartement, il était spacieux, avec une décoration tout droit sortie d’un film des années 50. Je nageais dans le bonheur. La seule ombre au tableau : ma présence requise tous les soirs, à partir de 21h00. Règle qui ne convenait pas à mon rythme de jeune étudiant fougueux, amateur du monde de la nuit. Ce fut le début d’une relation atypique et de son lot de surprises…

La colocation intergénérationnelle : ma vie avec Simone

Simone - Colocation intergénérationnelle

Chambre de Simone – Shooting photo pour un projet d’école – © Celie Bacconnier

J’ai vécu 9 mois avec Simone, et comme tous les colocataires, nous avons eu nos hauts et nos bas relationnels. Mon naturel bordélique et quelque peu négligé lui déplaisait fortement. L’ordre était son maître mot, et pour être franc, Simone ne laissait rien passer. Elle était très attachée à son chez soi, et pour cause : elle y vivait depuis plus de 80 ans ! J’ai du faire de nombreux efforts pour m’adapter à son œil intransigeant en matière de rangement. Mais pour tout vous avouer, je suis entré dans ses bonnes grâces très rapidement et assez facilement. L’on s’aimait bien.
Nous avions beaucoup de points communs, à commencer par notre amour mutuel pour le piano. Et puis, Simone me trouvait toujours élégant et propre sur moi. Peu importe mon style vestimentaire, que ce soit en pyjama ou en costume 3 pièces. C’est pour cela que malgré mes erreurs et autres étourderies de jeunesse (boucher l’évier de la salle de bains à cause de poils épilés par exemple), elle était conciliante et très patiente avec moi. Nous avions développés une amitié sincère, et un rapport de confiance solide. 

Adrien - Collocation intergénérationnelle

Moi, dans ma chambre, avec une veste empruntée à Simone – © Apostrophe Paris

Simone m’apportait un refuge loin de l’oppression et de la dictature parentale, et moi je lui offrais mon agréable compagnie. Tout le monde était gagnant. Malgré tout, j’avoue avoir connu quelques moments difficiles, ou pour le moins tristes. Qui m’ont touché, si vous voulez. Son obsession pour la mort et sa propre fin, en l’occurence.
Simone ne cessait de répéter sa forte envie d’en finir avec la vie, de mourir. Bien qu’encore sainte d’esprit, cette dame de plus de 100 ans ne se sentait plus en phase avec la société, les mœurs, car elle ne comprenait plus grand chose. C’était émouvant de voir à quel point elle tentait de s’accrocher à son ancienne vie, ses vieilles habitudes. Lectrice jadis, elle n’arrivait plus à cerner les petits caractères des bouquins qu’elles tenaient entre les mains. Elle me confiait qu’il lui était impossible de rester concentrée sur le texte qu’elle lisait, car elle oubliait tout aussitôt la ligne d’après. Cela ne l’empêchait pas d’essayer, vainement. Je lui proposai de lui faire la lecture, mais elle refusait de façon catégorique : « Tu as mieux à faire mon chéri » , me disait-elle en secouant la tête.

Au revoir Simone : la fin de ma première collocation intergénérationnelle

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Moi & Simone – Dernier jour de cohabitation, le 23/06/2014 – © Apostrophe Paris

Simone avait une personnalité très attachante. Très têtue et libérée, je ne m’attendais pas à une telle vigueur, surtout au vu de ses innombrables années passées sur la planète Terre. Nos conversations étaient toujours intéressantes et animées. J’ai été sensible à ses anecdotes de vie. J’aimais beaucoup l’entendre me raconter sa rencontre avec le seul homme de sa vie, ainsi que d’autres petites histoires sur son passé, qui me transportaient instantanément des décennies en arrière… Une époque qui aujourd’hui est révolue.

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Moi, à côté de l’ancien piano de Simone, hors d’usage – @ Apostrophe Paris

Avant qu’elle ne disparaisse, Simone a été placée dans une maison de retraite à la Croix-Rousse, ou j’allais lui rendre visite avant de quitter à mon tour son appartement. La transition, le changement de décor fut difficile pour elle. Elle ne s’y plaisait pas, mais le cadre était ma foi fort agréable, bien qu’un peu lugubre, c’est sûr… Et puis, il n’y avait plus tellement d’autres options au vue de sa situation. Je me souviens d’une bonne phrase qu’elle m’avait dit, le sourire aux lèvres, lors de ma première visite, un dernier éclair de génie : « C’est horrible ici, il n’y a que des vieux » . Et nous avions éclaté de rire… J’ai chanté Imagine de John Lennon à son enterrement, et puis j’ai réintégré gentiment le domicile familial. L’histoire touchait à sa fin, et malgré ma tristesse, je savais au fond de moi que c’était une happy end

La colocation intergénérationnelle : LA solution logement pour faire un stage dans une autre ville ? 

En bref, je n’ai tiré que du positif de cette cohabitation. C’est pour cela que je recommande vigoureusement la colocation intergénérationnelle quand on est étudiant, si vous devez aller faire un stage dans une autre ville par exemple, pour quelques mois. Votre porte-monnaie et vos parents vous en seront infiniment reconnaissants. Certes, si vous êtes en quête de liberté totale, c’est une indépendance limitée et pas complète, mais cela m’a énormément fait gagner en autonomie, maturité. Et puis, ayez à l’esprit que, qui dit économie de loyer, dit plus d’argent pour vos menus plaisirs smile emoticon.

Certes, je reconnais qu’il faut faire beaucoup de concessions et parfois s’attendre au pire… Mais les personnes âgées ont beaucoup de choses à nous apprendre, et le jeu en vaut vraiment la chandelle.

Alors, tenté par la colocation intergénérationnelle ?

 Adrien

2 Comment

  1. Chloé B says:

    À tester en effet 😉

  2. CB says:

    Géant !

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